L'atelier des valses de rêve

Ekdezel 1.5



Je l’ai interrompu alors qu’il allait aborder la section viandes faisandées.

« Ma préférée... »

...furent deux mots de trop. La colère me fit oublier toute prudence. Le pieux et vilain dégoût que cet infâme m’inspirait m’envahit soudain l’œsophage. Ce fut en quelque sorte la goutte d’horreur qui fit déborder la vase : je me mis à vomir des flots d’insultes à n’en plus cesser, de toute mon amertume à servir cette ingrate montagne d’autosuffisance abjecte, rancune chargée à bloc de toutes les immondes et innombrables petites vexations encaissées sans broncher, humiliations qui avaient enflé au point de devenir torrent de boue merdeuse et impétueuse d’une vache méchanceté qui reflua par tous les orifices de ma modeste personne.

Quand j’eus fini, la grotte résonna longtemps de mon explosion lyrique, comme pour mieux accentuer le poids de ma honte et de l’injure, non, du blasphème qui venait d’être commis. Cet enfoiré d’écho se répéta à l’infini en ne s’estompant que très progressivement, au ralenti et disparut dans les abysses d’un silence hivernal. Pour sûr, j’avais failli.

Je comptai les secondes qu’il me resta à vivre. Allait-il m’éventrer joyeusement ou me décapiter d’un geste sec et nerveux ? Il pouvait tout aussi bien m’écrabouiller. Ou bien me supplicier des mois, s’il parvenait à juguler son courroux pour que je paie durement chaque syllabe de ma tirade.


Comme il ne disait rien, je fus certain qu’il mit au point la pire des sanctions susceptibles de m’être infligées. Mon sort alors me fut indifférent. Mon arrogance m’avait proprement foudroyé. Je n’étais plus de tout curieux de ce qui allait advenir. D’avoir autant pris sur soi pour se déboulonner ainsi, je trouvais ça d’un pathétique tel que j’en appelai vivement à être puni. Blasé, pas un moment je n’ai songé à fuir.




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