Vendredi 24 Novembre 2006
Ekdezel 1.4
Par Cardem Vertigo, Vendredi 24 Novembre 2006 à 19:47 GMT+2 dans Ekdezel 1.4
« Tu me fais de l’usage, » concéda-t-il, un jour.
Faut dire qu’en plus de mon travail, j’avais entrepris d’épousseter chaque pièce de son faramineux trésor. Une initiative appréciée.
« J’aime bien quand ça brille. » avait-il cru bon d’ajouter.
Quand il discutait, Ezel n’ouvrait pas la bouche. Il croisait mon regard et me parlait dedans, tout simplement. Il avait ce dédain des formalités bassement sensorielles et tenait à faire croire qu’il pouvait lire dans les pensées, de même qu’il prétendait voir sans même avoir à regarder. Une fois que j’astiquai la lance d’un valeureux squelette, l’idée me vint ainsi de lui trouver quelque emploi.
« N’y compte même pas, » me fut-il instamment précisé, après que j’eus vers lui tourné la tête. Jamais il ne relâchait son attention.
« Tu collectionnes les armes ? »
Les entasser, comme terme, était bien plus approprié. Je découvris dans sa caverne un nombre incalculable d’épées, armures et boucliers. Traînaient pêle-mêle cadavres, engins de sièges et lances de cavaleries, des drapeaux, des blasons, des oriflammes et autres étendards majestueux ; Ezel avait une prédilection pour les familles royales. Un vrai don pour la filiation.
« Le crâne que tu viens d’écraser sans faire gaffe, assassin, est celui du prince héritier du royaume de Zangmar, de l’année 13667 de mon calendrier. Un bon terroir, assurément, que ce lignage. Un grand cru. »
Ezel était anthropophage. Je ne tenais pas à en savoir davantage. Il y faisait outrageusement souvent allusion, d’ailleurs, et exploitait de façon éhontée la répugnance que j’avais pour cet aspect odieux de sa personnalité.
« Tu es un monstre, » m’entendis-je un jour hurler, tremblant de rage. Je n’avais pas eu le cœur de l’écouter énumérer jusqu’au bout ses mille et une façon d’accommoder l’être humain. Ce nombre, il est vrai, m’avait intrigué.
« Il y a quelques principes généraux qui président à toutes ces recettes, mais ceux-ci se déclinent une multitude de variantes toutes aussi savoureuses que saisissantes. »


