L'atelier des valses de rêve

Ekdezel 1.3



Curieusement, je savais tout sur les insectes, et rien sur moi : j’avais oublié jusqu’à mon propre nom. C’est mon hôte qui me donna celui que je porte aujourd’hui, Ekdezel, qui signifie ‘chose à Ezel’. Ainsi avait-il été décrété que, par enchantement de cause à effet, comme il m’avait trouvé, je lui appartenais.

« _ Comment ça, au même titre que toutes ces breloques ici, là, et là ?! »

La clairière qu’il s’était aménagé en vue d’y couler ses vieux jours était remplie de ferrailles et de pierreries diverses qui rendaient, à la lueur de la braise, un fabuleux éclat. Des volutes s’échappaient d’un souffle rauque et régulier, filaments qui tournaient, bleuâtres, suspendus à un air vicié, au ralenti comme à l’arrêt dans la pénombre tamisée de sa tanière immense. Les arbres qui nous entouraient, vitrifiés, formaient une voûte comme une nef que la forêt couvait et qui ne laissait transparaître aucun rayon.

« _ Quand même, je te rends bien certains services pour lesquels, ce me semble, il ne me serait guère superflu de t’inviter à témoigner d’un minimum de reconnaissance. »

Il m’avait confié la gestion des ordures et des tâches ménagères. J’avais, entre autres, à m’occuper du bois. Il ne fallait surtout pas que le feu s’éteigne. Ezel grognait quand il faisait froid et à ce moment là il valait mieux ne pas traîner pour relancer les flammes.

« _ Sans moi, hé, tu t’y prendrais comment, dis-moi, pour te chauffer et t’éclairer ? »

Ezel avait une hygiène épouvantable. De tout le temps que je suis resté avec lui, il ne s’est pas lavé. Il n’avait cure du fin fumet de vieux lézard qu’il dégageait, pas plus qu’il se souciait de ventiler son auge. Pour expérience, je laissai pourrir quelques jours une carcasse près de l’endroit où il dormait : l’odeur m’a tellement tourné la tête que je me suis décidé à l’évacuer.

« _ Réponds-moi ! »

Son œil, qui jamais ne se ferme, tantôt se dévoile à la faveur d’un reflet, tantôt disparaît derrière un écran de fumée, œil obsédant, imperturbable. Mon attention se porte alors sur le lit d’os blanchis qui lui sert de couche, et le sourire s’élargit qui me révèle une rangée de crocs sales, insupportables. L’anxiété me submerge, mon sang ne fait qu’un tour, qu’il le savoure déjà.

Je n’allais pas me laisser faire.


« _ Euh... je retourne chercher du bois. »

Non mais.




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