L'atelier des valses de rêve

Ekdezel 1.1



Chapitre 1

« _ Hm. »

De tous ces fragments épars qui jalonnent ma mémoire, celui de ma rencontre avec Ezel et de la discussion qui a suivi est encore très vif.

« _ Je suis formel. »

Une période de ma vie où subitement surgirent nombre de problèmes existentiels sur lesquels, du reste, je m’interroge encore. « _ Il y a erreur... »

Ce qui précède est d’un flou tellement brumeux qu’il serait plutôt vain à exposer. Disons, pour simplifier, que je suis né adulte et qu’ensuite j’ai connu l’enfance. Certes, ça n’est pas très naturel comme procédé de naissance, mais je n’y suis pour rien. Quoique, à bien y réfléchir, en fait si. Seulement ceci est une autre histoire et si je commence par tout embrouiller alors je n’ai pas fini celle-ci.

A cette époque, je sortais d’un coma long de plusieurs milliers d’années. A dire vrai, c’est certainement moins que ça, et si ça se trouve, mon coma n’a duré qu’une seconde. Mais ma mémoire endolorie me dicte un autre conte. Comme si les âges avaient passé sans sourciller, les dieux s’étaient levés, le ciel avait chuté, les mers avaient migré. Le monde avait muté. Je ne le reconnaissais pas.

En même temps, c’est normal. Je n’avais plus aucun souvenir, sauf celui d’un dédale, au beau milieu de nulle part. Un vieux volcan, probablement. Sinuant âprement sous la terre, mon antre chaude, brûlante, sentait le souffre et autres asphyxies. J’ai erré, longtemps, dans les couloirs obscurs de la tectonique des plaques. Un périple incertain. Toute une éternité pour en trouver l’issue. Et dans la perdition débile de mes premières impressions, je discerne une ligne rouge, à peine lisible, qui me montre la voie ; elle danse telle une flamme ivre et puis je vois, soudain, une lumière et un chemin jusqu’au sommet et le soleil enfin, douloureusement, me fait pleurer de joie et la forêt d’alors se déploie et elle reçoit mes larmes qui tombent en contrebas de la montagne qui m’a servi de toit et surtout je revois, instant figé, la peur au ventre sans trop savoir pourquoi, Ezel, à grande vitesse, qui fonça droit sur moi.

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