Samedi 21 Octobre 2006
Considérations sur la nutrition
Par Cardem Vertigo, Samedi 21 Octobre 2006 à 10:51 GMT+2 dans Bouffe
Image fréquente: celle du vaisseau Argo (lumineux et blanc), dont les Argonautes remplaçaient peu à peu chaque pièce, en sorte qu’ils eurent pour finir un vaisseau entièrement nouveau, sans avoir à en changer le nom ni la forme (1).
Il n’y a presque rien dans notre corps qui soit une pièce d’origine. Nos cellules meurent, se dégradent et sont éjectées à chaque passage aux toilettes. Peu d’éléments échappent à cette inconstance, exception faite des polluants qui se concentrent dans nos graisses en bout de chaîne alimentaire. En somme, se nourrir, c’est se recycler.
Du point de vue nutritif, c’est l’agglutination autogérée d’une kyrielle d’assimilations successives. Ingestion, déjection, la bouffe peut être considérée comme une respiration de la matière avec elle-même.
Le Moi physique, dès lors, est ambigu. Si l’assemblage que nous sommes se compose principalement de matériaux en transit, que nous reste-t-il donc de vraiment personnel? Dans le cadre de la linguistique structuraliste, Roland Barthes interprète l’image précédemment citée en l’enrichissant de deux concepts:
la substitution (une pièce chasse l’autre, comme dans un paradigme) et la nomination (le nom n’est nullement lié à la stabilité des pièces)
Si l’on détourne ces deux notions pour ce qui nous concerne, la substitution est opérée par l’alimentation et la nomination est ce qui surnage dans ce va-et-vient: l’anatomie.
1) Roland Barthes par lui-même, OC III, pp. 129-130.


