Lundi 30 Octobre 2006
Automne (2)
Par Cardem Vertigo, Lundi 30 Octobre 2006 à 17:40 GMT+2 dans Automne (2)
En équilibre instable et dépassant de peu la savane qui m’environne, dans l’océan tumultueux des herbes hautes et sèches, brûlées par l'astre chaud, je nage comme sur du fourrage. Les pailles se balancent au ralenti, forment des vagues qui me bercent, caressent ma conscience qui roule sur elle-même et l’univers est un cheval furieux mais sans bruit.
Je peux toucher du doigt cet air qui me noie, mais le saisir, c’est le faire exister. Je laisse donc cette mélasse me traverser. Debout sur les rondeurs d’un relief épuisé, l’horizon maintenant penche devant moi et le soleil y fait figure d’éclipse ; je marche sur une mer atone, le crissement des brindilles enveloppant mes pas.
Langueur d’un après-midi qui se consume aussitôt allumé. Jusqu’ici j’ai dormi, indécis quant à opter pour un caractère et l’affirmer. Parvenir à exister requérait une énergie dont je m’estimais dépourvu. Noyé de noir auparavant, je n’osais procéder au viol du silence de mes aises cependant qu’il devenait trop étroit. Il m’aura fallu exploser pour m'extirper de ce néant et en tuer toute nostalgie.
J’arrive à une grille. Qu’est-ce ? Une demeure muette et solitaire. Une forêt qui se dessine, en amont comme un rideau d’épines qui tombent des cimes irradiées. Crépuscule en deçà, ténèbres sous-jacentes, frisson très pâle qu’entame à grand peine l’astre gris.
Un chemin s’ouvre à moi qui mène à une entrée. Il traverse un gazon gras, noir et dépéri. Le chemin rétrécit, de létales essences se dégagent de cette chevelure et s’épanouissent dans un ciel qui défaille. Poisons qui me suggèrent une horrible tentation que je décline, non sans remords. C’est l’appel d’une terre hantée par un mal qui prend vie.


